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Triple champion olympique à Pékin avec trois records du monde à la clé sur 100m, 200m et 4x100m, Usain Bolt a éclaboussé 2008 de toute sa classe. Et fait entrer le sprint dans une nouvelle ère.
Le Jamaïcain est 2e du classement des Sportifs de l'année de Sport24.com.
par Emmanuel Quintin, le 30-12-2008
Moins d’une semaine. C’est le temps qu’il aura fallu à Usain Bolt pour passer du statut d’athlète prometteur à celui de roi du sprint. Du samedi 16 août au vendredi 22 août à Pékin, le Jamaïcain aura forcé les portes de l’Histoire de l’athlétisme avec fracas. Trois médailles d’or olympiques pour trois records du monde (9’’69 sur 100m, 19’’30 sur 200m et 37’’10 avec le relais 4x100m) ! L’exploit est immense. Unique. En une semaine passée à Pékin, «Lightning Bolt», l’éclair Bolt, s’est invité à la table des géants du sprint, aux côtés de Jesse Owens ou Carl Lewis.
Un style bien à lui Mais cette semaine pékinoise n’aura finalement été que l’aboutissement logique, quoique spectaculaire, d’une année 2008 hors normes. Apparu, aux yeux du grand public, sur le devant de la scène quelques mois plus tôt avec sa 2e place sur le 200m des Mondiaux d’Osaka, Bolt démarre la saison estivale par un premier coup de canon. Début mai, au meeting de Kingston, il signe, pour le 3e 100m de sa carrière seulement (!), un incroyable chrono de 9’’76, soit deux centièmes au-dessus du record du monde de son compatriote Asafa Powell. Bolt vient d’entrer dans la cour des grands. Il confirme moins d’un mois plus tard en dominant Tyson Gay, champion du monde en titre, à New York et, surtout, en s’emparant à cette occasion du record du monde du 100m (9’’72). Cette fois, pas de doute, Bolt est bien de la trempe des plus grands.
Mais ce qui fascine alors les observateurs et intrigue ses adversaires, c’est sa façon de courir. Loin des standards bodybuildés du sprint des dernières années (Linford Christie, Maurice Greene ou encore Ato Boldon), Bolt a le physique d’un coureur de 400m. Très grand (1,96 m) et longiligne (86 kilos), il déploie une foulée d’une ampleur jamais vue, donnant l’impression de ne jamais forcer. C’est d’ailleurs ce qu’il fait le plus souvent, ne pas forcer. Il en donne une première preuve lors des sélections jamaïcaines en s’imposant en 9’’85 après avoir coupé son effort aux 60m ! Avant, cette fois, de le démontrer aux yeux du monde entier lors d’une finale olympique qui restera dans les annales. Seul devant, il se permet d’écarter les bras en signe de victoire à 15 mètres de la fin, ce qui ne l’empêche pas de signer le chrono le plus rapide de l’histoire, le premier sous les 9’’7 (9’’69) ! Tout simplement prodigieux. En somme, il n’y a guère que lors de la finale olympique du 200m qu’Usain Bolt a donné l’impression de courir à fond pendant toute une course.
Un véritable showman Qualifié jusque-là sur un rythme de footing (il s’était même permis de jauger du regard Shawn Crawford avant d’accélérer et de le déposer en demi-finales), l’élève de Glen Mills s’emploie du premier au dernier mètre, cassant même sur la ligne pour s’offrir le record du monde du 200m de Michael Johnson (19’’30 contre 19’’32). Le plus grand moment de sa saison. «Depuis que j'ai 15 ans, j'aime le 200 m. J'ai été le plus jeune champion du monde juniors sur cette distance en 2002, j'ai eu le record du monde juniors. Cette distance représente beaucoup pour moi. Elle me tient vraiment à coeur même si je ne peux pas trop expliquer pourquoi. Le record du monde du 200 m m'intéressait donc plus car j'en ai rêvé depuis longtemps. Cela représente plus pour moi que le 100 m ! C'est fantastique, c'est un rêve qui se réalise», expliquait-il après sa course folle.
Le relais 4x100m, dans lequel les Américains s’étaient fait sortir dès les séries, n’était plus qu’une formalité pour les Reggae Boys qui mettaient tout de même un point d’honneur à exploser le record du monde de Carl Lewis & Co (37’’10 contre 37’’40). Un troisième record du monde battu par Bolt dans les mêmes Jeux Olympiques : personne n’avait jamais réussi une telle performance. Le prodige jamaïcain popularise alors son fameux pas de danse, s’attirant les foudres de Jacques Rogge, qui estime qu’il manque de respect à ses adversaires. Bolt n’en a que faire et continue de s’amuser en dehors des pistes. Interrogé sur le secret de sa réussite, il déclare, sans rire, que ce sont «les nuggets», qu’il avale matin, midi et soir, qui le font aller vite.
Des limites insoupçonnées et insoupçonnables Bénédiction pour les dirigeants de l’athlétisme mondial, qui cherchaient désespérément une figure charismatique pour promouvoir leur sport, adoré par le public avec qui il joue volontiers et à qui il offre toujours du spectacle, Bolt est d’ores et déjà entré dans la légende du sprint. Plus encore, il a fait passer le sprint dans une autre dimension, une dimension dans laquelle il est actuellement seul. Avec lui, les chiffres ne veulent plus dire grand chose et les barrières semblent promises à voler en éclats. De nombreuses études prédisent qu’il peut courir en 9’’5 sur 100m et moins de 19’’ sur 200m ! Des chronos absolument vertigineux que l’on se gardera bien de qualifier d’inaccessible.
Car Bolt, nullement rassasié par sa razzia olympique, a encore faim. «J’ai hâte d’être à l’année prochaine. Ça va être très spécial. Tyson (Gay) et Asafa (Powell) auront retrouvé leur forme. ça promet de belles bagarres. Mais je ne suis pas inquiet pour les Championnats du monde de Berlin (en août). Ça sera difficile, mais beaucoup de personnes savent que j'ai un truc en plus par rapport aux autres. Je sais aussi ce que je dois faire pour rester au top. Travailler plus dur à l'entraînement mes points faibles, comme, par exemple, mes départs. Après ça, je serai prêt, les gars !», assure-t-il. On n’a donc peut-être encore rien vu de l’immense talent du Jamaïcain.
Le 100m olympique de Bolt vu des tribunes du Nid d'Oiseau
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